Le vocabulaire est riche pour imager les changements souhaités. Les hommes politiques comme les journalistes ne sont avares ni de mots, ni d’interviews fracassants pour mettre en cause un PS qui, à les entendre, serait déjà dans l’antichambre de la mort.
Pour ne pas jouer dans ce concert morbide pour certains, jubilatoire pour d’autres, mais à tout coup destructeur, il convient de dire clairement ce qu’on met derrière les mots, au delà de l’incantation sans aucun autre intérêt que de faire parler de soi.
Il faut aussi dire ce qui se cache derrière tant de sous-entendus, les dévoiler pour mieux les comprendre, les cerner et éventuellement les critiquer.
Les fausses pistes de la rénovation
Il y a les partisans de la rénovation générationnelle. Pour ceux-là, il suffirait de donner un bon coup de balai sur les anciens dirigeants qui ont fait leur temps et de faire la place aux quadras et autres quinquas. Cette solution cache mal les ambitions et les appétits personnels de certains et ne serait aucunement une garantie quant à la ligne politique à mettre en œuvre. Elle fait fi, par ailleurs, de l’expérience accumulée par certains et des qualités et compétences personnelles qui n’ont pas vraiment d’âge.
Acceptons cependant l’intérêt d’un certain renouvellement des directions politiques surtout quand celles- ci incarnent des erreurs de gestion ou d’orientation politique.
Il y a ceux qui sous couvert de modernité n’ont de cesse de demander au PS son adaptation à la mondialisation et à l’économie de marché.
Une partie du débat a pourtant été tranchée à l’unanimité du parti lors de l’adoption de notre « Déclaration de principes ». Il ne sert à rien de réclamer que le PS fasse « enfin » son Bad-Godesberg. Le parti s’est prononcé clairement en faveur d’une « économie sociale et écologique de marché ». Et de proposer clairement la coexistence d’un large secteur public, d’un secteur mutualiste et d’un secteur marchand, le tout étant soumis à une régulation d’ensemble par l’Etat. La récente crise économique souligne la pertinence et la modernité de cette orientation, qui ne tranche pas, cela va de soi, l’intégralité des choix programmatiques qui restent à effectuer.
La mondialisation est un fait. Personne ne peut contester la multiplication des échanges de capitaux, de marchandises et les migrations internationales des hommes. C’est une donnée actuelle. En même temps,chacun voit naître et se développer de vastes régions du monde ayant leur spécificité géographique, leur histoire propre, leur niveau et type de développement économique plus au moins homogène.
C’est le cas de l’Europe. La chute du mur de Berlin en 1989 a accéléré la construction d’une Europe agenouillée devant le dogme du libre-échange dans le cadre d’une volonté économique et sociale résolument libérale. La majorité du PS, contrairement à certains partis frères sociaux-démocrates, a opté pour une Europe régulée, luttant contre le dumping fiscal, social et environnemental, pour le « juste échange » avec les pays tiers. Au sein même de l’Europe, nous avons choisi de protéger les services publics, d’aller vers un SMIC européen, de développer l’harmonisation fiscale et sociale. Ces choix demandent sans doute à être confirmés et mieux pratiqués par nos offensives, notamment au sein du Parlement européen.
Les prétendus rénovateurs confirment-ils ces choix contraires à une Europe conçue comme une vaste zone de libre échange, ou regardent-ils encore vers cette « troisième voie » qu’incarnait Tony BLAIR dont le parti est maintenant en pleine déroute ?
Il y a ceux enfin pour lesquels la rénovation consiste en l’acceptation pleine et entière du système politique de la cinquième République et notamment la présidentialisation croissante du régime.
Lionel JOSPIN, alors Premier Ministre de Jacques CHIRAC, en réduisant à 5 ans le mandat présidentiel et en inversant le calendrier électoral de manière à assurer la primauté de l’élection du Président sur celle des députés a accentué la présidentialisation de notre système politique.
Ainsi, le choix d’une personnalité charismatique prend l’avantage sur le projet et le programme politique. Cela contribue à faire tourner la vie politique autour de quelques personnalités présidentiables dont on va à longueur d’antenne présenter les qualités et les défauts personnels, tout en évacuant ou relativisant ainsi projets, programmes et choix politiques.
Le système institutionnel étant une donnée contraignante, il ne nous reste qu’à tenter de limiter les dégâts de cette adaptation nécessaire en ne perdant jamais de vue le sens de notre combat, et de plaider par ailleurs pour une évolution de notre constitution.
Les partisans de l’acceptation pleine et entière de la présidentialisation du régime comme de l’adaptation libérale à la mondialisation se retrouvent le plus souvent pour prôner l’alliance avec le Modem, pourtant clairement rejetée à Reims.
Cette triste perspective de rénovation peut coller à l’air du temps, plaire aux médias dominants et prendre du coup des allures modernistes, mais elle tourne le dos aux intérêts des travailleurs dont nous sommes porteurs, ainsi qu’à la démocratie.
Quelques orientations pour la refondation
Une gauche forte et décomplexée doit savoir revisiter ses valeurs, déterminer un projet porteur, définir une stratégie efficace, s’appuyer sur un programme mobilisateur.
Enfin,le Parti socialiste doit se réformer s’il veut être l’outil principal de cette refondation.
Revisiter nos valeurs.
Nos valeurs sont d’abord celles de la République : Liberté, égalité, fraternité.
La liberté ne saurait être confondue ni avec le libéralisme, ni avec l’anarchie. Des bornes à son expression donnent lieu à une législation, réglementation et régulation. Ce sont aussi ces règles élaborées collectivement qui, dans le respect de la laïcité, nous écartent du communautarisme. Mais la liberté ne saurait se déployer sereinement et dans le respect de chacune et chacun sans l’existence de la responsabilité. C’est ce dernier principe qui nous protège d’une société répressive où les actes quotidiens ne sont respectés qu’à coups de sanction, de procès et d’emprisonnement. D’où l’importance considérable de l’éducation qui socialise chacun d’entre nous.
L’égalité ne saurait être la recherche de l’uniformité. Elle ne peut pas non plus être réduite au seul objectif de l’égalité des chances. Les hommes sont différents les uns des autres et pas seulement par leur origine sociale. A l’épreuve du temps, ils acquièrent des savoirs, savoir-faire et savoirs-être différents. La bataille pour l’égalité des chances tout au long de la vie est d’autant plus nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante, car la société que nous voulons ne sera pas constituée de hiérarchies aussi injustes et inégalitaires que celles d’aujourd’hui. C’est pourquoi il convient de poser, au delà du principe d’égalité, l’exigence de l’équité, qui intègre la notion de justice. Dans cette société injuste, les socialistes ont une légitime exigence de justice sociale. L’ordre juste, c’est un ordre social apaisé, en cela qu’il respecte la justice sociale.
La fraternité exprime l’exigence de solidarité que les travailleurs pratiquent naturellement dans leurs luttes sociales. Mais la fraternité entre les Hommes dépasse les frontières nationales, a une dimension européenne, internationale. Elle traverse également le temps de telle ou telle génération. Elle tourne le dos à tous les égoïsmes.
Elle est donc aussi le fondement des démarches écologiques qui se préoccupent du devenir de la planète pour les décennies et les siècles à venir.
Déterminer un projet porteur.
Le projet de la gauche pour la société française (et au delà pour l’Europe) ne doit pas se lire seulement en négatif par rapport au projet ultra-libéral que Sarkozy s’acharne à mettre en oeuvre. Il ne peut pas être seulement une reconstitution de mesures relevant de l’Etat-providence grâce à une croissance économique retrouvée. On ne pourra pas non plus promettre des avancées sociales considérables qu’on ne serait pas capables de réaliser.
Le projet de la gauche doit être la mise en œuvre d’un autre modèle de croissance et de développement. La croissance du PIB ne doit plus constituer l’unique horizon de l’activité humaine. Des économistes audacieux ont inventé de nouveaux indices- tel l’IDH (Indice de Développement Humain)- qui intègrent au delà de la simple croissance quantitative des biens et des services produits, des éléments significatifs de la qualité de la vie (éducation, santé, temps libre, sécurité, qualité de l’air et de l’eau, etc).
Mais dessiner un nouveau projet de développement ne saurait se limiter à la mise en place de nouveaux indicateurs. Une planification indicative doit mettre en évidence les principaux objectifs quantifiés à atteindre dans les divers domaines de l’ éducation, de la santé, de la délinquance, du chômage, de la pauvreté, de la qualité de l’air et de l’eau, de l’indépendance énergétique, etc… Des experts, aidés par les divers partenaires sociaux et associations spécialisées pourront contribuer à affiner, préciser et quantifier les objectifs pertinents. Ce sera au programme détaillé de fixer les moyens de l’action, en terme de régulation étatique, politique fiscale et du crédit, pénalités et incitations diverses…
Définir une stratégie efficace.
La seule stratégie gagnante est celle de l’unité de la gauche, de l’unité rouge-rose-vert. Elle se constituera sur un projet audacieux intégrant des objectifs sociaux et des objectifs écologiques. Proposée sans exclusive à gauche, reléguant le Modem à l’écart, cette alliance « arc-en-ciel » doit être soudée par un travail commun d’élaboration qui doit commencer le plus tôt possible avec celles et ceux des partis et associations qui en tomberont d’accord.
La bataille des régionales peut constituer un premier point d’application de cette stratégie. Les programmes régionaux pouvant déjà illustrer et concrétiser cette démarche, tant sur le plan de l’unité stratégique que sur le contenu des programmes.
S’appuyer sur un programme mobilisateur.
Négocié entre les diverses parties prenantes ce programme intégrera la dimension tant sociale (diminution de la pauvreté, du chômage, redistribution des richesses, sécurité sociale professionnelle…) qu’écologique (énergies renouvelables, ferroutage, mise en cause de l’agriculture productiviste, indépendance énergétique de l’Europe…), sans omettre le développement des services publics (eau, petite enfance, services à la personne, banques…). Négocié dans ses principaux contours au sommet des organisations, il pourrait donner lieu à un processus d’appropriation et d’enrichissement dans divers secteurs de la société (géographiques ou professionnels).
Il devra, pour être mobilisateur, contenir quelques mesures emblématiques, significatives de notre ancrage tant social qu’écologique.
Réformer le Parti socialiste.
Le parti socialiste est un outil au service de la transformation sociale, un outil à reconstruire en jetant le pire, en gardant le meilleur.
Garder le meilleur, c’est poursuivre la réflexion et la connaissance des écrits et des actes de nos ancêtres, pères fondateurs de la pensée socialiste, acteurs des plus belles conquêtes sociales et démocratiques de notre peuple.
Garder le meilleur, c’est conserver et entretenir les mille liens qui nous unissent au mouvement social, à ses syndicats, ses associations.
Garder le meilleur, c’est encourager et entretenir notre potentiel militant qui œuvre souvent dans l’ombre parfois sans aucun mandat, parfois avec des mandats électoraux confiés par nos concitoyens qui attendent de nous la résolution de leurs problèmes.
Le parti socialiste doit marcher sur ses deux jambes, l’une dans le mouvement social, l’autre au sein des structures institutionnelles. Il nous faut sans cesse conjuguer, mettre en synergie le combat électoral, et le combat social et écologique. Mais force est de constater que notre jambe sociale et surtout écologique est malingre par rapport à la jambe électorale.
Il nous faut retrouver un équilibre fécond, qui garantisse la vérité, la qualité et l’intensité de nos liens à la population salariée, aux aspirations profondes de la population.
Pour cela, au delà des propositions de refondation ci-dessus exprimées, nous proposons deux pistes susceptibles de contribuer à la reconstruction du parti sur des bases solides :
- la suppression du cumul des mandats : une personne, un mandat. Pas plus de deux mandats identiques consécutifs. Il nous faut promouvoir cette réforme et l’inscrire dans notre constitution, mais commencer à l’appliquer à nous même sans plus attendre. Loin de nous affaiblir, en répartissant mieux les responsabilités d’élus, le parti y gagnera en efficacité, et conservera un meilleur lien politique et quotidien avec nos concitoyens.
L’exigence d’un véritable statut de l’élu doit accompagner cette bataille dans tout le pays contre le cumul des mandats (par une pétition pour un référendum ?).
Ce combat, populaire à coup sûr, le sera davantage si nous avons, évidemment, commencé à l’appliquer à nous-mêmes.
– lancement d’un hebdomadaire (papier et internet) du PS, soutenant et popularisant nos propositions, nos analyses, nos actions et nos campagnes. Cet organe ayant pour cible la grande masse de nos électeurs, doit dépasser, et de loin, l’audience plutôt confidentielle de l’actuel « Hebdo des socialistes » centré sur les seuls adhérents. Il faut sortir de notre vase clos. Pour cela, l’hebdo devra créer des rubriques nouvelles, économiques, sociales, culturelles, loisirs et pas seulement parlementaires et politiques. Il devra réserver une large place au débat, aux tribunes libres, aux interviews, émanant de nos principaux partenaires, des intellectuels, des experts…
Nous ne traitons pas ici du mode de sélection de notre candidat aux présidentielles (primaires, lesquelles ? Pas de primaires : le débat est ouvert).
Refondation idéologique et politique claire, initiatives créant une dynamique unitaire, programme mobilisateur, modification radicale du fonctionnement du parti, voilà les ingrédients du changement de cap que nous attendons, avant six mois.
Le 26 juin 2009
Daniel LUBRANESKI ( Auxerre. Membre du Secrétariat Fédéral de l’Yonne)




