Rénovation, refondation, reconstruction… par D. Lubraneski

juillet 1, 2009 par lubraneski

Le vocabulaire est riche pour imager les changements souhaités. Les hommes politiques comme les journalistes ne sont avares ni de mots, ni d’interviews fracassants pour mettre en cause un PS qui, à les entendre, serait déjà dans l’antichambre de la mort.

            Pour ne pas jouer dans ce concert morbide pour certains, jubilatoire pour d’autres, mais à tout coup destructeur, il convient de dire clairement ce qu’on met derrière les mots, au delà de l’incantation sans aucun autre intérêt que de faire parler de soi.

             Il faut aussi dire ce qui se cache derrière tant de sous-entendus, les dévoiler pour mieux les comprendre, les cerner et éventuellement les critiquer.

             Les fausses pistes de la rénovation

             Il y a les partisans de la rénovation générationnelle. Pour ceux-là, il suffirait de donner un bon coup de balai sur les anciens dirigeants qui ont fait leur temps et de faire la place aux quadras et autres quinquas. Cette solution cache mal les ambitions et les appétits personnels de certains et ne serait aucunement une garantie quant à la ligne politique à mettre en œuvre. Elle fait fi, par ailleurs, de l’expérience accumulée par certains et des qualités et compétences personnelles qui n’ont pas vraiment d’âge.

            Acceptons cependant l’intérêt d’un certain renouvellement des directions politiques surtout quand celles- ci incarnent des erreurs de gestion ou d’orientation politique.

             Il y a ceux qui sous couvert de modernité n’ont de cesse de demander au PS son adaptation  à la mondialisation et à l’économie de marché.

             Une partie du débat a pourtant été tranchée à l’unanimité du parti lors de l’adoption de notre « Déclaration de principes ». Il ne sert à rien de réclamer que le PS fasse « enfin » son Bad-Godesberg. Le parti s’est prononcé clairement en faveur d’une « économie sociale et écologique de marché ». Et de proposer clairement la coexistence d’un large secteur public, d’un secteur mutualiste et d’un secteur marchand, le tout étant soumis à une régulation d’ensemble par l’Etat. La récente crise économique souligne la pertinence et la modernité de cette orientation, qui ne tranche pas, cela va de soi, l’intégralité des choix programmatiques qui restent à effectuer.

            La mondialisation est un fait. Personne ne peut contester la multiplication des échanges de capitaux, de marchandises et les migrations internationales des hommes. C’est une donnée actuelle.    En même temps,chacun voit naître et se développer de vastes régions du monde ayant leur spécificité géographique, leur histoire propre, leur niveau et type de développement économique plus au moins homogène.

             C’est le cas de l’Europe. La chute du mur de Berlin en 1989 a accéléré la construction d’une Europe agenouillée devant le dogme du libre-échange dans le cadre d’une volonté économique et sociale résolument libérale. La majorité du PS, contrairement à certains partis frères  sociaux-démocrates, a opté pour une Europe régulée, luttant contre le dumping fiscal, social et environnemental, pour le « juste échange » avec les pays tiers. Au sein même de l’Europe, nous avons choisi de protéger les services publics, d’aller vers un SMIC  européen, de développer l’harmonisation fiscale et sociale. Ces choix demandent sans doute à être confirmés et mieux pratiqués par nos offensives, notamment au sein du Parlement européen.

             Les prétendus rénovateurs confirment-ils ces choix contraires à une Europe conçue comme une vaste zone de libre échange, ou regardent-ils encore vers cette « troisième voie » qu’incarnait Tony BLAIR dont le parti est maintenant en pleine déroute ?                                                        

             Il y a ceux enfin pour lesquels la rénovation consiste en l’acceptation pleine et  entière du système politique de la cinquième République et notamment la présidentialisation croissante du régime.

            Lionel JOSPIN, alors Premier Ministre de Jacques CHIRAC, en réduisant à 5 ans le mandat présidentiel et en inversant le calendrier électoral de manière à assurer la primauté de l’élection du Président  sur celle des députés a accentué la présidentialisation de notre système politique.

            Ainsi, le choix d’une personnalité charismatique prend l’avantage sur  le projet et le programme politique.  Cela contribue à faire tourner la vie politique autour de quelques personnalités présidentiables dont on va à longueur d’antenne présenter les qualités et les défauts personnels, tout en évacuant ou relativisant ainsi  projets, programmes et choix politiques.

            Le système institutionnel étant une donnée contraignante, il ne nous reste qu’à tenter de limiter les dégâts de cette adaptation nécessaire en ne perdant jamais de vue le sens de notre combat, et de plaider par ailleurs pour une évolution de notre constitution.

             Les partisans de l’acceptation pleine et entière de la présidentialisation du régime comme de l’adaptation libérale à la mondialisation se retrouvent le plus souvent pour prôner l’alliance avec le Modem, pourtant clairement rejetée à Reims.

            Cette triste perspective de rénovation peut coller à l’air du temps, plaire aux médias dominants et prendre du coup des allures modernistes, mais elle tourne le dos aux intérêts des travailleurs dont nous sommes porteurs, ainsi qu’à la démocratie.

              Quelques orientations pour la refondation

         Une gauche forte et décomplexée doit savoir revisiter ses valeurs, déterminer un projet porteur, définir une stratégie efficace, s’appuyer sur un programme mobilisateur.

            Enfin,le Parti socialiste doit se réformer s’il veut être l’outil principal de cette refondation.

             Revisiter nos valeurs.

             Nos valeurs sont d’abord celles de la République : Liberté, égalité, fraternité.

            La liberté ne saurait être confondue ni avec le libéralisme, ni avec l’anarchie. Des bornes à son expression donnent lieu à une législation, réglementation et régulation.  Ce sont aussi ces règles élaborées collectivement qui, dans le respect de la laïcité, nous écartent du communautarisme. Mais la liberté ne saurait se déployer sereinement et dans le respect de chacune et chacun sans l’existence de la responsabilité. C’est ce dernier principe qui nous protège d’une société répressive où les actes quotidiens ne sont respectés qu’à coups de sanction, de procès et d’emprisonnement. D’où l’importance considérable de l’éducation qui socialise chacun d’entre nous.

            L’égalité ne saurait être la recherche de l’uniformité. Elle ne peut pas non plus être réduite  au seul objectif de l’égalité des chances. Les hommes sont différents les uns des autres et pas seulement par leur origine sociale.  A l’épreuve du temps, ils acquièrent des savoirs, savoir-faire et savoirs-être différents. La bataille pour l’égalité des chances tout au long de la vie est d’autant plus nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante, car la société que nous voulons ne sera pas constituée de hiérarchies aussi injustes et inégalitaires que celles d’aujourd’hui. C’est pourquoi il convient de poser, au delà du principe d’égalité, l’exigence de l’équité, qui intègre la notion de justice. Dans cette société injuste, les socialistes ont une légitime exigence de justice sociale. L’ordre juste, c’est un ordre social apaisé, en cela qu’il respecte la justice sociale.                                                                                                                                           

            La fraternité exprime l’exigence de solidarité que les travailleurs pratiquent naturellement dans leurs luttes sociales. Mais la fraternité entre les Hommes dépasse les frontières nationales, a une dimension européenne, internationale. Elle traverse également le temps de telle ou telle génération. Elle tourne le dos à tous les égoïsmes.

            Elle est donc aussi le fondement des démarches écologiques qui se préoccupent du devenir de la planète pour les décennies et les siècles à venir.

             Déterminer un projet porteur.

             Le projet de la gauche pour la société française (et au delà pour l’Europe) ne doit pas se lire seulement en négatif par rapport au projet ultra-libéral que Sarkozy s’acharne à mettre en oeuvre. Il ne peut pas être seulement  une reconstitution de mesures relevant de l’Etat-providence grâce à une croissance économique retrouvée. On ne pourra pas non plus promettre des avancées sociales considérables qu’on ne serait pas capables de réaliser.

            Le projet de la gauche doit être la mise en œuvre d’un autre modèle de croissance et de développement. La croissance du PIB ne doit plus constituer l’unique horizon de l’activité humaine. Des économistes audacieux ont inventé de nouveaux indices- tel l’IDH (Indice de Développement Humain)- qui intègrent au delà de la simple croissance quantitative des biens et des services produits, des éléments significatifs de la qualité de la vie (éducation, santé, temps libre, sécurité, qualité de l’air et de l’eau, etc).

            Mais dessiner un nouveau projet de développement ne saurait se limiter à la mise en place de nouveaux indicateurs. Une planification indicative doit mettre en évidence les principaux objectifs quantifiés à atteindre dans les divers domaines de l’ éducation, de la santé,  de la délinquance, du chômage, de la pauvreté, de la qualité de l’air et de l’eau, de l’indépendance énergétique, etc… Des experts, aidés par les divers partenaires sociaux et associations spécialisées pourront contribuer à affiner, préciser et quantifier les objectifs pertinents. Ce sera au programme détaillé de fixer les moyens de l’action, en terme de régulation étatique, politique fiscale et du crédit, pénalités et incitations diverses…

             Définir une stratégie efficace.

             La seule stratégie gagnante est celle de l’unité de la gauche, de l’unité rouge-rose-vert. Elle se constituera sur un projet audacieux intégrant  des objectifs sociaux  et des objectifs écologiques. Proposée sans exclusive à gauche, reléguant le Modem à l’écart, cette alliance « arc-en-ciel » doit être soudée par un travail commun d’élaboration qui doit commencer le plus tôt possible avec celles et ceux des partis et associations qui en tomberont d’accord.

            La bataille des régionales peut constituer un premier point d’application de cette stratégie. Les programmes régionaux pouvant déjà illustrer et concrétiser cette démarche, tant sur le plan de l’unité stratégique que sur le contenu des programmes.

             S’appuyer sur un programme mobilisateur.

             Négocié entre les diverses parties prenantes ce programme intégrera la dimension tant sociale (diminution de la pauvreté, du chômage, redistribution des richesses, sécurité sociale professionnelle…) qu’écologique (énergies renouvelables, ferroutage, mise en cause de l’agriculture productiviste, indépendance énergétique de l’Europe…), sans omettre le développement des services publics (eau, petite enfance, services à la personne, banques…). Négocié dans ses principaux contours au sommet des organisations, il pourrait donner lieu à un processus d’appropriation et d’enrichissement dans divers secteurs de la société (géographiques ou professionnels).

            Il devra, pour être mobilisateur, contenir quelques mesures emblématiques, significatives de notre ancrage tant social qu’écologique.                                                                                    

             Réformer le Parti socialiste.

             Le parti socialiste est un outil au service de la transformation sociale, un outil à reconstruire  en jetant le pire, en gardant le meilleur.

            Garder le meilleur, c’est poursuivre la réflexion et la connaissance des écrits et des actes de nos ancêtres, pères fondateurs de la pensée socialiste, acteurs des plus belles conquêtes sociales et démocratiques de notre peuple.

            Garder le meilleur, c’est conserver et entretenir les mille liens qui nous unissent au mouvement social, à ses syndicats, ses associations.

            Garder le meilleur, c’est encourager et entretenir notre potentiel militant qui œuvre souvent dans l’ombre parfois sans aucun mandat, parfois avec des mandats électoraux confiés par nos concitoyens qui attendent de nous la résolution de leurs problèmes.

             Le parti socialiste doit marcher sur ses deux jambes, l’une dans le mouvement social, l’autre au sein des structures institutionnelles. Il nous faut sans cesse conjuguer, mettre en synergie le combat électoral, et le combat social et écologique. Mais force est de constater que notre jambe sociale et surtout écologique est malingre par rapport à la jambe électorale.

            Il nous faut retrouver un équilibre fécond, qui garantisse la vérité, la qualité et l’intensité de nos liens à la population salariée, aux aspirations profondes de la population.

            Pour cela, au delà des propositions de refondation ci-dessus exprimées, nous proposons deux  pistes susceptibles de contribuer à la reconstruction du parti sur des bases solides :

- la suppression du cumul des mandats : une personne, un mandat. Pas plus de deux mandats identiques consécutifs. Il nous faut promouvoir cette réforme et l’inscrire dans notre constitution, mais commencer à l’appliquer à nous même sans plus attendre. Loin de nous affaiblir, en répartissant mieux les responsabilités d’élus, le parti y gagnera en efficacité, et conservera un meilleur lien politique et quotidien avec nos concitoyens.

            L’exigence d’un véritable statut de l’élu doit accompagner cette bataille dans tout le pays contre le cumul des mandats (par une pétition pour un référendum ?).

             Ce combat, populaire à coup sûr, le sera davantage si nous avons, évidemment, commencé à l’appliquer à nous-mêmes.

–  lancement d’un hebdomadaire (papier et internet)  du PS, soutenant et popularisant nos propositions, nos analyses, nos actions et nos campagnes. Cet  organe ayant pour cible la grande masse de nos électeurs, doit dépasser, et de loin, l’audience plutôt confidentielle de l’actuel « Hebdo des socialistes » centré sur les seuls adhérents. Il faut sortir de notre vase clos. Pour cela, l’hebdo devra créer des rubriques nouvelles, économiques, sociales, culturelles, loisirs et pas seulement parlementaires et politiques. Il devra réserver une large place au débat, aux tribunes libres, aux interviews, émanant de nos principaux partenaires, des intellectuels, des experts…

            Nous ne traitons pas ici du mode de sélection de notre candidat aux présidentielles (primaires, lesquelles ? Pas de primaires : le débat est ouvert).

            Refondation idéologique et politique claire, initiatives créant une dynamique unitaire, programme mobilisateur, modification radicale du fonctionnement du parti, voilà les ingrédients du changement de cap que nous attendons, avant six mois.

                                                                                              Le 26 juin 2009

            Daniel LUBRANESKI ( Auxerre. Membre du Secrétariat Fédéral de l’Yonne) 

EUROPEENNES 2009 : LES LECONS DU SCRUTIN

juin 27, 2009 par ppicard

Daniel LUBRANESKI
(analyse et perspectives)

Malgré plus de 60% d’abstention, les résultats autorisent une analyse de ce qui constitue plus qu’un gigantesque sondage représentatif de l’opinion des français.

L’abstention

Cet énorme taux d’abstention concerne l’ensemble des pays d’Europe, ainsi que l’échec des partis socialistes et sociaux-démocrates. La défaite est cuisante pour le PS Français comme pour le SPD Allemand, le parti démocrate Italien, les travaillistes Anglais, le PSOE Espagnol etc.
Cela peut paraître paradoxal au moment où la crise met en évidence la pertinence des solutions traditionnelles des socialistes ( remise en cause du « tout marché », intervention de l’Etat,etc…) en même temps que la faillite de l’ultra-libéralisme.
Il est vrai que l’histoire nous apprend que les périodes de crise ne sont pas les plus propices aux victoires de la gauche. Les électeurs se réfugient alors plus directement vers ceux qui incarnent plus que nous l’ordre, la sécurité, le repli sur soi.
Mais la défaite des socialistes et des sociaux démocrates européens s’explique aussi par leurs propres erreurs.
A l’origine de la construction de l’Europe, et ayant accompagné et soutenu tout son processus de développement, les socialistes sont, aux yeux des travailleurs européens, co-responsables de ce qu’est l’Europe aujourd’hui : une vaste zone de libre-échange ouverte à tous vents; une Europe qui leur apparaît plus un problème qu’une solution à leurs difficultés (pouvoir d’achat affaibli, délocalisations et licenciements, pauvreté et inégalités croissantes, mise en cause des services publics…).

Une Europe qui les déçoit et qui ne les protège pas.
Une Europe qu’ ils ne se sont jamais appropriés tant sa construction s’est faite sans eux (élargissement à 27 par exemple), et parfois même contre eux (vote majoritaire contre le TCE par référendum et contournement de ce vote par les congressistes de Versailles, véritable forfaiture française à laquelle le PS français ne s’est pas opposé !).

Alors, nous payons la facture !

En France (comme ailleurs) la distension de nos liens avec la population salariée se confirme des présidentielles de 2002 à celles de 2007, et jusqu’à ces européennes de 2009, même si les français nous gardent leur confiance quand il s’agit de gérer les affaires locales (municipales, cantonales et régionales), souvent en raison de la qualité de nos cadres, du dévouement et de la compétence de nos dirigeants intermédiaires.
Nos spécialistes sondeurs nous le confirment : ce sont les couches salariées et défavorisées qui se sont abstenues, et c’est l’électorat de droite qui est allé voter.
Quitte à cautionner le libéralisme, les électeurs ont préféré l’original à la copie. D’ autres se sont abstenus ou se sont détournés vers d’autres votes.

La droite: une victoire en trompe-l’oeil

La droite a bien raison d’éviter tout triomphalisme. L’UMP sait que ces 28% aux européennes sont en retrait de 2 points par rapport au score de premier tour de SARKOZY lors des présidentielles de 2007. Elle sait que ces presque 28% constituent un plafond difficile à dépasser tant elle a absorbé et asphyxié toute autre formation politique de droite (de l’UDF au Nouveau Centre). Rappellons qu’en 2004 , les listes UMP et UDF qui soutenaient le gouvernement d’alors obtenaient 28,6% des suffrages. Avec qui faire alliance, demain aux régionales et cantonales, après demain à la présidentielle? Si l’on ajoute le FN et De Villiers au score de l’UMP, on arrive péniblement à 40%. Le total de la droite ne lui permet pas la victoire assurée pour les élections à venir.
Malgré son succès apparent, cette victoire est illusoire. Sarkozy est désavoué. Ayant tout absorbé, il n’a plus guère de réserves de voix, dans une élection à deux tours.(Régionales 2010, Cantonales2011, Présidentielle2012).

Même si l’on examine le nombre de députés élus, l’UMP est loin de la majorité absolue. Seule, elle n’en a que 29. Avec le FN et De Villiers (4), cela plafonne à 33. Autant que le PS (14), Europe Ecologie(14) et le Front de Gauche (5), réunis.
33 à droite, 33 à gauche et 6 au Modem, que nous classons à droite, mais qui s’est tellement éloigné de Sarkozy et a tellement empreinté nos thèmes de campagne que ses dirigeants et son électorat méritent une analyse électorale plus complexe.

Une gauche plus forte mais éparpillée

Le sous-total de la gauche,même dans ces circonstances, est prometteur pour les années à venir: PS à 16,5%, Ecolo à 16,5%, Front de Gauche, NPA et LO à 12%, cela fait autour de 45%.
C’est nettement au dessus du sous-total de la droite. Et c’est la victoire possible si la gauche se met en capacité de déclencher un processus unitaire.

Les Verts : un vote refuge ?

Certes, les listes conduites par Cohn-Bendit ont bénéficié d’un tranfert de voix en provenance de l’électorat traditionnel du PS, déçu par l’écart entre son programme et sa pratique (cf. ci-dessus), par son absence d’incarnation nationale forte, par ses divisions, etc. Cet électorat ne demande qu’à nous revenir sous la condition qu’on redevienne attractif…
Certes, les listes écologistes ont bénéficié de l’énorme opération médiatique en faveur de « HOME » deux jours avant le vote.
Certes, Cohn-Bendit a bénéficié, trois jours avant le vote de l’excessive agressivité de BAYROU lors de l’émission « A vous de juger ».

Mais la crise économique que nous vivons, a aussi mis en évidence l’ urgente nécessité d’un autre modèle de développement, déjà souhaité par le grand nombre en raison des perspectives désastreuses du réchauffement climatique et de l’épuisement de certaines ressources naturelles.
Le thème écologiste est transversal, et aucun autre modèle de développement ne saurait s’imposer sans la substitution des exigences de l’intérêt général à la logique du profit maximum et immédiat. Nous, socialistes, devrions être les premiers porteurs de cette exigence-là. Nous l’avons inscrit dans notre déclaration de principes (cf.« l’économie sociale et écologique de marché ») , mais nous n’avons pas su encore populariser notre orientation avec la force et la clarté nécessaires.

L’alliance réalisée par Cohn-Bendit au sein d’Europe-Ecologie marie des courants divers: « libéraux-libertaires », défenseurs d’interventions fortes de l’Etat au contenu social avancé, défenseurs du OUI au TCE, propagandistes du NON (José BOVE), et jusqu’à des pourfendeurs assidus de la délinquance financière et des paradis fiscaux (Eva Joly).
Leur succès ne doit pas nous effrayer et nous inquiéter. Leurs thèmes de campagne et leurs volontés sont aussi le plus souvent les nôtres. La perspective de l’alliance avec eux est largement ouverte, comme elle fonctionne presque toujours dans les structures où nous siégeons ensemble.

A notre gauche, des alliés naturels…

Le Front de Gauche, le NPA et LO totalisent environ 12 %. Ce sont largement des voix qui proviennent de nos insuffisances passées à mener le combat contre les orientations libérales européennes , comme de nos erreurs politiques dans l’exercice du pouvoir dans notre propre pays.
Unis autour du NON lors du vote du référendum de 2005, ces forces ont été incapables de réaliser leur unité politique depuis lors.
Cependant,le PCF est sorti de sa minoration et de sa marginalisation croissantes grâce à l’alliance avec le PG (Mélenchon) et la Gauche Unitaire issue de la LCR (Piquet). Même partielle, la dynamique unitaire a profité à cette alliance ( Front de Gauche) qui dépasse ainsi les 6% et permet l’élection de 5 députés.
Le NPA, qui reste campé dans une posture sectaire, refusant toute implication institutionnelle lui permettant de s’opposer avec détermination sans jamais risquer l’exercice des responsabilités, réalise un score d’ à peine 5% ne lui accordant aucun élu.
LO, dépassée par le charisme de BESANCENOT, n’a pas su imposer sa nouvelle porte-parole et est le grand perdant de cette confrontation au sein de l’extrême gauche, ce qui montre la volatilité de cet électorat.
Nul doute qu’une dynamique unitaire emporterait à nos côtés l’essentiel de ces courants politiques, à commencer par le Front de Gauche, pour autant qu’on veuille bien l’initier avec détermination.

L’ écroulement du Modem

Avec un résultat de moins de 9%, l’aventure présidentielle de François BAYROU, qui avait réalisé un score de 18% lors du premier tour de la présidentielle de 2007, est largement compromise. D’autant plus que les élections régionales et cantonales qui précéderont, pourraient précipiter l’ éclatement du Modem ou à tout le moins faire apparaître son manque d’identité et d’unité en raison des modes de scrutin à deux tours posant la question des alliances.
Pour nous, l’alliance avec le Modem reste inacceptable en raison essentiellement de son programme économique, de la pratique libérale de ses représentants à l’Assemblée européenne, du passé politique de BAYROU. Pour autant, nous assistons à la dérive incontrôlée d’une force dont l’électorat a été réduit, mais façonné dans un anti-sarkozysme radical.
Cette nouvelle situation ne nous ouvre aucune perspective d’alliance programmatique et stratégique, mais ne doit pas nous empêcher de nous adresser de manière non sectaire à son électorat, ni d’obtenir des ralliements sur nos positions.

L’attitude au Parlement européen des 6 députés du Modem, qui feront basculer la majorité de la délégation française d’un côté ou de l’autre sera aussi intéressante à observer.

Des résultats désastreux pour notre Parti…

On pourrait à loisir lister et développer les causes exogènes de notre échec : attitude des médias refusant la mise en place d’une campagne mobilisatrice, amplifiant le phénomène abstentionniste, niant notre programme au profit de l’exposition répétée des querelles de personnes, etc; manoeuvres de Sarkozy plaçant le débat sur le thème de l’insécurité et de la Turquie, etc.
Martine AUBRY a raison de dire qu’il faut centrer notre réflexion sur nos propres carences.
On l’a dit plus haut, notre principale faiblesse est notre passé dont nous peinons à amoindrir le discrédit engendré par notre accompagnement du libéralisme au niveau européen, et par nos erreurs de gestion gouvernementale quand nous y avions les responsabilités principales.
C’est pour cela que nous sommes en convalescence.
Notre programme lui-même qui présentait de bons objectifs ne pouvait masquer la faiblesse du compromis passé au sein du Manifesto avec nos 26 partis frères.
Comment défendre avec conviction et crédibilité l’harmonisation fiscale et sociale quand le traité de Lisbonne, approuvé par bon nombre de députés et sénateurs français, ainsi que par de nombreux partis sociaux-démocrates européens signataires du manifesto, rejette explicitement cette orientation.
Comment combattre BARROSO avec efficacité quand Zapatero et Gordon Brown annoncent, avant même l’élection et l’émergence d’une majorité au Parlement européen, qu’ils le soutiendront comme Président de la Commission Européenne.
Comment populariser et défendre le « juste échange » contre le dumping social, fiscal et environnemental quand l’un des nôtres, Pascal Lamy, est le défenseur acharné du libre échange à la tête de l’OMC (Organisation Mondiale de Commerce).
Notre campagne a reflété ces faiblesses, quand son slogan principal se limite à dire « Changer l’Europe maintenant ». Mais quel changement? et quelle rupture?
On pourrait allonger la liste de nos erreurs, jusqu’ au retard de démarrage de la campagne, son phasage curieux et impraticable, la mauvaise qualité de nos affiches, et même du bulletin de vote, peu lisible et sans couleur!

Que faire maintenant ?

Les analyses qui précédent indiquent clairement la voie à suivre : l’unité de la gauche est à reconstruire. Il faut proposer à l’ensemble des forces de gauche, sans exclusive, aux Verts d’Europe écologie, au PRG, au Front de gauche, au NPA, à LO, au MRC, de construire ensemble une alliance sur un projet et un programme commun de transformation progressiste de la société : nouveau partage des richesses, défense, développement et amélioration des services publics, sécurité sociale professionnelle, nouveau modèle de développement durable, énergies renouvelables, ferroutage, augmentation du SMIC et des retraites, nouvelles modalités de contrôle et d’interdiction des licenciements boursiers, etc. Il faut s’inspirer de la plateforme revendicative unitaire des 8 syndicats, du contre-plan de relance du PS. Il faut mettre tout ça sur la table, et ouvrir des discussions, dont certaines phases pourraient avoir un caractère public, afin que tous les citoyens puissent s’emparer des débats.

Parallèlement, il faut ouvrir la discussion entre nous et avec nos partenaires sur les modalités de désignation d’un candidat commun de la gauche dès le premier tour de l’élection présidentielle, si cela semble possible, ou à défaut sur les modalités de gestion de la concurrence au premier tour.

Il faut aussi dès maintenant aborder les conditions programmatiques et de constitution des listes unitaires aux prochaines élections régionales.

Il faut, pour balayer Sarkozy et les politiques ultra-libérales, construire d’urgence un nouvel arc-en-ciel, rouge, rose, vert, sans prétention hégémonique de quiconque, et dans le respect de chacune des composantes.

Le 8 juin 2009,

Daniel LUBRANESKI

Des origines de la crise à … ses solutions.

décembre 2, 2008 par ppicard

Daniel LUBRANESKI, le 1er décembre 2008

Chacune et chacun y sont allés  de leur explication : crise des subprimes aux Etats-Unis, titrisation, produits dérivés, etc. Avec Nicolas SARKOZY, ce fut la franche caricature : c’est à cause des traders, de tel ou tel dirigeant de banque. Il faut désigner les coupables et les sanctionner !
En vérité ce n’étaient là que des boucs émissaires désignés à la vindicte publique pour mieux cacher l’essentiel.

L’essentiel, c’est une crise systémique du capitalisme mal géré par les tenants de l’ultra-libéralisme.

Retour aux sources

La chute du mur de Berlin, en 1989, a accéléré un processus de libéralisation des échanges internationaux, de déréglementation du marché du travail et de forte accumulation du capital, déjà en cours les années précédentes.
L’économie administrée ayant fait faillite, l’économie de marché triomphe à travers le monde sans rivalité aucune. Les économistes libéraux s’en donnent alors à coeur joie en prônant le tout marché : privatisations, réduction du périmètre de l’Etat dans son pré carré des fonctions régaliennes; déréglementation du marché du travail; développement du libre échange…
Dans ce cadre, la seule politique économique qui vaille pour stimuler l’activité est la « politique de l’offre » qui vise toujours à aider les entreprises pour augmenter l’investissement. Helmut Schmidt ne proclamait-il pas déjà : «  Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain, et les emplois d’après demain ».

Mais la réalité a été toute autre pour les travailleurs. Le libre échange débridé s’est traduit par les délocalisations des entreprises vers les secteurs du monde à taux de profit  plus élevés, c’est-à-dire là où les salaires sont les plus bas. La concurrence libre et non faussée à l’échelle européenne et mondiale a créé les conditions d’une modération salariale et des pertes continuelles de pouvoir d’achat pour le plus grand nombre. La déréglementation du marché du travail a développé le temps partiel contraint, la précarisation de l’emploi, et le recours aux intérimaires.

Dans nos pays développés, l’ascenseur social est tombé dans une panne profonde, pendant que les travailleurs des pays les moins avancés économiquement profitaient des miettes de la croissance dans le cadre d’économies déformées, parce que répondant davantage aux besoins du marché mondial qu’aux besoins locaux en productions vivrières, les éloignant encore plus de l’auto-suffisance alimentaire.

Mais pour les propriétaires du capital, c’était la fête : des taux de profit à deux chiffres (autour de 15%) et une accumulation du capital considérable résidant entre des mains de moins en moins nombreuses. Il suffit d’évoquer les Bill Gates, Georges Soros et consorts qui concèdent volontiers à leurs sous-fifres des parachutes dorés et des stocks-options, dans une économie mondialisée, de moins en moins patrimoniale et dans laquelle la place de « l’industrie financière » (économie casino) devient prépondérante. L’économie virtuelle (dans un monde psychologique marqué par les jeux virtuels et l’internet) prend le pas sur l’économie réelle.

On le voit, la fête des uns repose sur le malheur des autres. Et c’est là que le bât blesse. Car les inégalités croissantes, l’accumulation considérable et inégalée des richesses à un pôle se construit sur l’appauvrissement des autres. On a oublié la leçon de John Ford qui disait : « Je verse des salaires à mes ouvriers pour qu’ils puissent acheter mes voitures ».

On en arrive clairement à l’origine de la crise actuelle : l’insuffisance de la demande, inégalement répartie à l’échelle mondiale, mais frappant notamment les pays capitalistes avancés.

Et la France ?

L’exemple de la France est flagrant : dans les 20 dernières années, ce sont 11 points de valeur ajoutée qui sont passés des mains des travailleurs vers les détenteurs du capital. Ce sont presque 11 points qui échappent ainsi à la demande de biens et de services sur le marché, pour se destiner aux investissements ou à la spéculation financière, car pour les plus riches la propension à consommer est faible.

Dans ces conditions, la seule solution du maintien des hauts taux de profit à l’échelle de la planète était de développer artificiellement  la demande sur le marché, en recourant à des prêts à des particuliers de moins en moins solvables, d’où la crise des subprimes aux Etats-Unis qui déferle sur le monde entier via la titrisation, les produits dérivés, sous le silence complice des experts internationaux et des agences de notation.

Quelles sont donc alors les solutions ?

A court terme, bien sûr, il fallait éteindre l’incendie. C’est Gordon Brown qui a adopté la meilleure attitude en recapitalisant les banques en péril par des prises de participation de l’Etat, et donc par des formes de nationalisation partielle, de manière à assurer le contrôle de celles-ci. Les Belges ont fait de même, pendant que Sarkozy s’est contenté de prêts ou garanties aux banques sans aucune contrepartie!
A moyen terme, il faut relancer l’activité par des investissements ciblés (économie durable…) et surtout stimuler la demande par une augmentation massive du pouvoir d’achat des salariés (la baisse du taux de TVA décidée par Gordon BROWN est encore intéressante).

A plus long terme, mais le plus tôt sera le mieux, il convient :

- de créer un pôle bancaire public puissant (par la nationalisation des banques). La gestion de l’argent, comme celle de l’eau, ne doit pas être régentée par la logique du profit privé…
- de taxer les flux financiers internationaux (type taxe TOBIN)
- de supprimer parachutes dorés et stocks options.
- de lever le secret bancaire dans les paradis fiscaux, première étape avant leur suppression pure et simple.(50% des flux financiers internationaux passent par là)
- d’assurer une autre répartition des richesses, en indexant les salaires, non seulement sur les prix à la consommation mais aussi sur les progrès de productivité.
- d’assurer aux représentants des salariés une vraie place dans les Conseils d’Administration des entreprises.
- de créer de véritables restrictions au libre échange afin de mettre fin tant à la pression sur les salaires qu’aux  délocalisations.


Vote National : deux blocs ?

novembre 22, 2008 par ppicard

Après une nuit comme le PS n’en n’a sans doute jamais connu, les militants sont sans doute un peu abasourdis. Les média, qui avaient depuis longtemps choisi leur favori, vont s’en donner à coeur joie. Risque d’explosion ? De déchirement ? Le Conseil National convoqué en urgence saura-t-il surmonter les rancoeurs et les tentatives d’instrumentalisation ? En tout cas, il est clair que la proposition de “dépassement” qui était proposée par la motion C n’en prend rétrospectivement que plus de sens…

En reprenant les chiffres publiés sur le site national du PS, il est possible de tenter un décryptage de la situation : quels sont les départements qui “pèsent” (colonne B et C), qui a voté pour qui (colonne K et M)…

Télécharger le fichier des résultats (PDF)

Les résultats

Vote national pour le Premier Secrétaire : Benoît Hamon, résolument !

novembre 18, 2008 par ppicard

Pour le vote de jeudi soir, il est nécessaire de donner suite aux perspectives ouvertes par le premier tour de scrutin. C’est le sens des appels départementaux et nationaux à voter :

“Le 6 novembre, vous, militants icaunais, avez placé la motion C en tête dans notre département. Benoît Hamon défend un changement de la ligne politique de notre parti et le fait avec constance. Il n’a pas attendu la crise financière pour affirmer le rôle de la puissance publique comme  une  réponse  moderne  aux  enjeux actuels”.(…)

Appel à voter des militants icaunais

“Ma candidature est tournée vers l’avenir et le combat contre la droite. Ma candidature ne cherche à prendre aucune revanche vis à vis de tel ou telle dans le parti. Nous devons préparer l’avenir et cesser de ressasser de vieilles rancunes héritées des combats internes au PS depuis 20 ans”. (…)

Lettre de Benoît Hamon aux militants

Premier fédéral dans l’Yonne : une candidature de rassemblement

novembre 17, 2008 par ppicard

Après le vote des militants icaunais qui a amené la motion C en tête, et après le congrès de Reims, les représentants des motions A, C, D et F ont décidé de soutenir la candidature de Mireille Le Corre au poste de 1er fédéral.

Le 20 novembre, les militants socialistes sont donc invités à se rendre nombreux dans leur section pour voter, de 17h à 22h, pour élire leur responsable local, départemental et national.

Vous trouverez télécharger l’appel de Mireille Le Corre (2 pages) en cliquant sur le lien ci-dessous :

Le PDF

Joigny : le congrès du renouveau ?

novembre 11, 2008 par ppicard

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C’est le titre choisi par l’Yonne Républicaine qui revient sur le congrès de Joigny, qui a rassemblé samedi les militants socialistes du département. Revenant sur les propos des intervenants, le journal cite Elie Patrigeon : “Ce fut une campagne de fond, sans concession ni obsession. Nous avons porté des valeurs, une pratique politique. Nous ne sommes pas les seuls à les partager”. Il cite également l’hommage appuyé à Barthélémy Alcantara, “modèle d’honnêteté et d’intégrité dans ce parti” avant d’appeler à construire “une équipe fédérale cohérente, sans exclusive”. Les propos de Mireille Le Corre vont dans le même sens, appelant à un “souffle nouveau” : “Nous avons envie que les militants soient fiers de leur parti”.

C’est le 20 novembre que les militants seront à nouveau appelés à se prononcer, cette fois pour élire leurs responsables locaux, départementaux et nationaux.

Vote des militants dans l’Yonne : la motion C en tête !

novembre 7, 2008 par ppicard

Les militants du PS de l’Yonne ont voté pour le changement :

La motion C, menée par Elie Patrigeon et Mireille Le Corre, obtient 27,74% des suffrages, devant la motion D (Aubry) (25%), la motion A (Delanoé) (23,78%), la motion E  (Royal) (22,56%) et la motion F (5,41%)

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Comme en témoigne la répartition des votes ci-dessus, l’ancrage départemental de la motion C est indéniable, dans la plupart des localités.

La motion C va donc prendre les responsabilités que lui confèrent les résultats de ce vote, en proposant au congrès départemental, samedi 8 à Joigny, des alternatives crédibles pour que l’orientation qu’il porte contribue, au Parti Socialiste, au renouvellement des orientations. Et qu’on passe enfin des paroles aux actes…

C’est l’aspiration de nombreux militants, et c’est désormais possible.

Ecole : lutte des classes, lutte des places…

octobre 30, 2008 par Elie Patrigeon

Concernant l’Ecole, force est de constater que depuis 1989 et la loi Jospin, qui avait constitué un moment fort, la pensée du PS est restée comme suspendue. On considérait sans doute que le travail était fait.

Mais pendant ce temps, la droite a fait un travail considérable, pour reprendre pied sur un terrain idéologique qui lui était difficile. Elle s’est appuyée pour cela sur une critique populiste des méthodes d’apprentissage et des programmes. Mais ce démagogisme a pu croître sur un fait réel : depuis vingt ans au moins, l’Ecole de la République ne progresse plus, dans sa capacité à limiter les inégalités sociales. La fille d’ouvrier a toujours moins de chance de réussir que celle de cadre ou d’enseignant.
Les raisons en sont nombreuses, et bien documentées : poids de la ségrégation spatiale, rythmes scolaires inadaptés, effectifs par classe, orientations « négatives », redoublements inadaptés…
Mais il ne suffit pas, comme le fait aujourd’hui le ministre, de décréter le « soutien » aux élèves en difficulté ou les stages pendant les vacances pour organiser les conditions de la réussite. De plus en plus de recherches montrent que les élèves en échec sont souvent ceux qui font des « malentendus » sur ce qu’on vient faire à l’Ecole : dès les petites classes, ils croient qu’ils vont apprendre en étant sage et en écoutant bien la maîtresse, parfois sans comprendre que l’enseignant attend d’eux une mobilisation intellectuelle. Du coup, au fur et à mesure que les échecs s’empilent, ils se mettent à « résister » à l’Ecole, lorsqu’ils se rendent compte que ces postures de conformité ne leur ont pas permis d’apprendre, et qu’ils sont progressivement conduits dans des filières de relégation.

Travailler ce problème est un défi considérable pour le système éducatif : il faut à la fois avoir les moyens financiers de le faire (et à cet égard la suppression annoncée des moyens de Réseaux d’Aide est un pur scandale), et ne pas se laisser croire que l’Ecole Républicaine doive se contenter d’organiser « l’Egalité des Chances ». L’Ecole n’est pas une course de haies où l’arbitre-Etat devrait se contenter de mettre tout le monde sur la même ligne de départ avant de constater le creusement des écarts dans la course : il faut pouvoir mieux comprendre l’origine des obstacles si on veut penser l’Egalité réelle. Aujourd’hui, l’idéologie libérale tente de faire croire l’inverse en naturalisant les différences. « Si tu ne réussis pas, tu ne devras t’en prendre qu’à toi même » dit-elle en substance…
La « lutte des classes » est donc bien présente à l’école. Comme d’autres professions, les enseignants sont à un endroit où ce qui se joue est particulièrement douloureux, et les prend en tenaille. L’Ecole fait deux choses à la fois : d’un côté, elle reproduit, fait le tri de la future hiérarchie sociale ; en même temps, les enseignants sont porteurs de convictions qu’ils mettent en œuvre, ils mettent en place une culture commune, développent les compétences des enfants, et sont un acteur de la démocratisation.

Pour les y aider, il faut à la fois les respecter (et X. Darcos fait l’inverse en les méprisant devant l’opinion) et leur donner les moyens de se développer professionnellement : formation et accompagnement en sont les deux conditions.

Enfin, il ne faudrait pas oublier, lorsqu’on parle d’éducation, le poids grandissant des collectivités locales, devenues des acteurs à part entière du service public d’Education. Concevoir une politique publique en la matière ne peut donc qu’être pensé ensemble, en restructurant en profondeur les modes de décisions et d’action de l’Education nationale.

Pour le PS et ses différents niveaux de responsabilités, se réapproprier ces enjeux est une urgence, s’il veut apparaître crédible à tous les acteurs de l’Ecole : parents, collectivités, enseignants, associations.

Benoit Hamon : “sortir de l’opposition timide complexée”

octobre 30, 2008 par Elie Patrigeon

Député européen socialiste, Benoît Hamon analyse dans Libération les effets de la crise financière et détaille ses propositions.

Nicolas Sarkozy serait devenu «socialiste», selon le président du Venezuela, Hugo Chavez…

C’est sûrement de l’ironie de la part de Chavez. Aujourd’hui Nicolas Sarkozy mobilise l’argent public et les ressources du politique pour remettre les marchés sur pied. Pas pour en modifier les règles du jeu. Il n’y a rien de socialiste à appeler le retour de la puissance publique d’une main et, de l’autre, à poursuivre la privatisation de la Poste, le démantèlement de l’hôpital public, la suppression des postes de fonctionnaires, et à faire travailler les gens le dimanche. Sarkozy vient sauver celles et ceux à qui il doit sa carrière politique. C’est l’exemple le plus emblématique d’une socialisation des pertes. On efface la dette de jeu des banquiers en les laissant spéculer comme avant, en toute impunité et sans contrepartie.

Que feriez-vous si vous étiez au pouvoir ?

Dans l’immédiat, la France a besoin d’un bouclier social pour amortir les effets de la crise financière. Il faut s’attendre en 2009 à une vague sans précédent de délocalisations, de plans sociaux, un coup supplémentaire porté au pouvoir d’achat des familles, et à une dégradation des conditions de travail des salariés, soumis au chantage à l’emploi.

Que proposez-vous alors ?

Il faut un moratoire sur les délocalisations, un prolongement de l’indemnisation des chômeurs en fin de droit, l’interdiction des licenciements boursiers, une baisse exceptionnelle de la TVA sur les produits de première nécessité, la mise en œuvre d’un bouclier logement fixant à 20 % maximum la part du loyer dans les revenus d’un ménage. Et un programme «emploi jeune numéro 2» axé sur les services aux personnes…

Quel financement envisagez-vous pour ce bouclier social» ?

L’urgence commande de supprimer le «paquet fiscal» de 14 milliards d’euros. Et puisque tout le monde s’accorde sur l’absurdité du pacte de stabilité et de croissance – on vient de mettre 10,5 milliards d’euros pour recapitaliser six banques françaises sans contrepartie – il me paraît logique qu’on poursuive l’effort de solidarité à l’égard de Français frappés de plein fouet par la crise. Notamment en revalorisant les minima sociaux, en supprimant les niches fiscales, en taxant les stock-options et en augmentant le rendement de l’impôt sur la fortune.

Au PS, tout le monde sort le drapeau rouge. En quoi votre motion se distingue-t-elle ?

Notre motion est différente car elle n’a pas eu besoin de changer radicalement de grille d’analyse et de solution ! Aujourd’hui les leaders des trois motions issues de la direction sortante tiennent parfois des discours très éloignés de leurs actes et de leurs carrières passées, mais aussi des textes qu’ils écrivaient il y a quatre semaines. Le problème n’est pas tant de faire de la surenchère dans la description du chaos. Mais de dire clairement comment les socialistes se mobiliseront, dans les mois et les années qui viennent, pour être utiles aux Français, dans les collectivités locales que nous dirigeons et au Parlement, afin d’en finir avec cette opposition timide complexée et désolante.

Ségolène Royal braconne-t-elle sur vos terres ?

Elle vient de reprendre notre proposition d’un pôle financier public capable de soutenir l’investissement à long terme des entreprises. Tant mieux. La compétition pour savoir lequel d’entre eux sera plus à gauche que son voisin les amène à en faire un peu trop. J’espère seulement que cette grande transhumance politique ne se terminera pas, après le congrès, par un grand retour aux canons libéraux d’hier. Nous revendiquons un nouveau réalisme économique de gauche. Je pense à la nécessité de poser des restrictions européennes au libre-échange et à parvenir à une nouvelle répartition de la richesse entre le capital et le travail.

Le climat est au retour d’une gauche de gauche. Pensez-vous en bénéficier ?

On a gagné une bataille essentielle, celle de la crédibilité. Qui est aujourd’hui crédible pour rassembler tous les socialistes, préparer l’union indispensable de la gauche dans les trois prochaines années ? Ceux qui sont associés historiquement et idéologiquement aux quinze dernières années de dérive d’un socialisme français marqué par la conversion à des formes plus ou moins tempérées de libéralisme économique ? Ou ceux qui n’ont jamais cru que la modernité c’était embrasser les solutions économiques de la droite ?

Votre discours accroche-t-il chez les militants ?

Incontestablement et un peu partout. J’ai conscience que dans certaines grandes fédérations, le succès de salle risque de ne pas se traduire dans les urnes. Le moment est trop grave et trop sérieux pour qu’au PS on rejoue une scène maintes et maintes fois répétée. Tout change. Le monde, l’Europe, la France changent. Mais au PS rien ne change. On reprend l’orientation, la direction d’hier, et on cherche à faire croire que cela suffit à relancer un parti qui vient de perdre trois élections présidentielles successives.

Êtes-vous une caution de gauche pour le PS ?

Le choix par les responsables politiques et les élus qui m’entourent de valoriser un homme de 40 ans pour incarner la mixité n’était ni naturel ni évident. La preuve c’est que les autres ne le font pas. Quel est le candidat vers lequel convergent toutes les analyses sur le fond ? Aujourd’hui mon projet divise ou rassemble ? J’ai plutôt l’impression qu’il rassemble. Moi je n’ai jamais changé d’idée. Quand j’ai adhéré au PS à Brest, les ouvriers de l’arsenal étaient rocardiens, cathos de gauche et radicaux. Ce sont les autres qui se sont déportés sur la droite et maintenant reviennent à gauche. La solution pour le PS c’est un leadership renouvelé au service d’une orientation renouvelée.

Vous ne serez pas majoritaire, alors vers qui vous tournerez-vous ?

Aucune motion ne sera majoritaire seule. Je ne suis pas dupe de ceux qui annoncent des rapprochements pour nous siphonner des voix. Il y a aussi de fortes pressions pour un rapprochement entre Aubry et Delanoë. Que certains fassent 10 000 voix de plus dans une grande fédération ne me convaincra pas de me retirer. Ma candidature n’a pas pour vocation d’amuser la galerie, mais de rassembler dès le lendemain du 6 novembre. Ça va être difficile, mais rappelez-vous Mitterrand à Epinay : il avait fait 12 % !